D’fàmeli Strumpfmann

De Pierre Kretz

En alsacien, surtitrage français

14.03.2020 | 20:00
REPOUSSÉ
Theater Eurodistrict BAden ALsace, Forum européen du Rhin Neuried Am Altenheimer Yachthafen 1, 77743 Neuried,
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REPOUSSÉ

Deuxième partie de la trilogie « Histoire contre l’oubli – Une saga franco-allemande »

Les années cinquante touchent à leur fin. L’Alsace est redevenue française depuis une quinzaine d’années, mais elle reste meurtrie par les années de guerre. L’incorporation de force dans la Wehrmacht de 130 000 Alsaciens, dont près du tiers ne sont pas revenus du front, marque profondément la conscience des Alsaciens et leur rapport à l’Allemagne nouvelle. Cependant, la roue de l’Histoire tourne. En 1958, ils se jettent littéralement dans les bras du Général de Gaulle qui signera, trois ans plus tard, le traité de l’Elysée avec le chancelier Adenauer.

Le père de la famille Strumpfmann, Aloïs, est un ancien incorporé de force. Il a du mal à se faire comprendre par ses trois filles qui sont tournées vers l’avenir, la société de consommation, la musique yéyé. La mère, Anna, qui écoute des Schlager à longueur de journée sur les radios allemandes, tente du mieux qu’elle peut de maintenir la cohérence familiale. Mais sa tâche n’est pas aisée car la vie de famille est sans cesse chahutée par les vagues d’un monde en permanente révolution sociale et culturelle.

Le projet constitue la deuxième partie de la trilogie « Histoires contre l’oubli – Une saga franco-allemande ». En 2017, « Blutsschwestern und Blutsbrüder », la première partie, dont l’action se situait dans le pays de Bade des années 40 et 50, a rencontré un énorme succès dans les villes et les communes de la région. Le deuxième volet, D’fàmeli Strumpfmann, traverse la frontière pour observer et retranscrire l’Histoire en changeant de perspective. C’est l’écrivain alsacien Pierre Kretz, dont la renommée s’étend largement de part et d’autre du Rhin, qui raconte la vie de cette famille, en écho à toutes celles qui ont marqué les Alsaciens.

Marie-Thérèse
Marie-Jeanne
Marie-France
Auteur
Pierre Kretz
Mise en scène
Edzard Schoppmann
Choréographie
Langue
Alsacien / Surtitres Français
"Cette pièce est un exemple merveilleux de la culture alsacienne, de l’identité alsacienne, des forces et des faiblesses d’une région très particulière. Surtitrée en Français, la pièce est accessible même aux non-alsacophones et elle a le potentiel de devenir une référence en la matière. (...) On ne peut que remercier Pierre Kretz et la troupe de Theater BAAL de faire vivre toute la noblesse de la culture alsacienne et transrhénane !"
– Kai Littmann - eurojournalist.eu - 4 novembre 2019
Une histoire théâtrale ou un théâtre de l’histoire ? par Pierre Kretz

Une drôle d’histoire en tout cas : Edzard Schoppmann, metteur en scène allemand, me commande un texte théâtral sur la période gaulliste en Alsace. Une période dont la mémoire reste vive, et qui n’est pas encore perçue comme une période «  historique ».  En tout cas une période à laquelle je n’avais jamais réfléchi.

Mais pour écrire, nul besoin de réfléchir. Il suffit de  laisser émerger des pans entiers de sa propre histoire. J’avais huit ans quand le Général de Gaulle est venu aux affaires en 1958, et dix-neuf quand il s’en est retiré. De Gaulle en Alsace,  c’est mon enfance. Et l’enfance est pour l’écrivain une source inépuisable d’inspiration. C’est d’ailleurs en écrivant ce texte que j’ai  réalisé que mes parents étaient nés en 1913 sous le Reichsland Elsass Lothringen , et mon frère et ma sœur,  nés en 1941 et 1943, avaient vu le jour dans une Alsace occupée par les nazis. J’étais donc le seul membre de ma famille à être…né français !

Les années soixante, celles du gaullisme triomphant entre Vosges et Rhin,  sont aussi  celles du début des fameuses «  trente glorieuses ». A la campagne, les chevaux et les bœufs cèdent en très peu de temps la place aux tracteurs. Dans les cuisines les frigidaires et les lave-linges font leur apparition. Au  cœur de chaque foyer trône dorénavant un téléviseur.  Et la voiture cesse d’être réservée aux classes aisées.

Ces années – là auront  marqué le début d’un cycle  de civilisation  à présent remis en question sur bien des plans. Un cycle  nouveau dont les mots d’ordre sont : croissance, consommation, tout automobile, urbanisation, énergie nucléaire…

Mais à la fin des années cinquante et durant les décennies qui ont suivi,  ces bouleversements ont indéniablement amélioré le niveau de vie des citoyens et rendu leurs vies plus douces et sûrement plus libres. Et cette euphorie consumériste a eu un effet secondaire d’une grande importance : elle a permis d’oublier le passé, de tourner la page d’une première moitié de siècle marquée par  deux guerres mondiales. Enfin redde m’r nem devo, Enfin n’en parlons plus pour reprendre le titre de la pièce du célèbre cabarettiste strasbourgeois, Germain Muller.

Mais le Théâtre Eurodistrict Baden Alsace a choisi d’en parler, de ces pages de notre histoire rhénane, alsaco-badoise, franco-allemande. Car la scène est un lieu privilégié d’interrogation du passé. Par la magie du théâtre, le spectateur pourra s’immiscer par un minuscule trou de souris dans l’intimité de la famille d’Aloïs Strumpfmann, Alsacien du peuple, de sa femme Anna et de leurs trois filles.

Il  pourra ainsi épier leurs conversations entre quatre murs, assister à leurs  drames familiaux, leurs  peines, leurs fâcheries, leurs moments de tendresse. Et constater à quel point la grande histoire, celle des livres d’histoire, recoupe celle de n’importe quelle famille européenne du XXe siècle. Car, à l’image de l’histoire de notre continent,  la vie de la  famille Strumpfmann est tout sauf un long fleuve tranquille !

Le lecteur me pardonnera de rappeler ici le lieu commun consistant à dire que nul ne peut comprendre l’époque  dans laquelle il vit, nul ne peut inventer le monde de demain s’il n’a pas conscience de son histoire. De l’histoire de sa famille, de sa région, de son pays. Sans oublier bien sûr  celle de l’Europe et celle de l’humanité.

Mais l’histoire n’est pas une science figée. Elle se réfléchit, se remet en question, se fabrique, se transforme de génération en génération. Elle peut aussi revivre sur une  scène de théâtre. Y voir des acteurs qui redonnent vie à un  passé proche, voilà qui peut constituer pour le spectateur un moment privilégié de rencontre sensible avec le passé. Mais assister à un spectacle sur le passé constitue une belle invitation à réfléchir sur notre présent, sur notre avenir. N’est-ce-pas ?

C’est en tout cas le pari que nous faisons avec notre Famille Strumpfmann.

Pierre Kretz, auteur de la pièce

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Theater Baden Alsace